Le temps des rengaines et des souliers dansants (4)
Cœur vagabond/
Coraçao vagabundo
Bïa
Audiogram ADCD 10191
Une écoute, deux, puis trois : le charme opère encore et toujours auprès d’un auditoire envoûté par tant de charme et ce sourire si engageant qui illumine le visage de Bïa. Elle reste étonnée tout comme un enfant, avec la naïveté provocante des mots qui susurrent des chansons de son pays et d’autres offertes par sa culture d’accueil, celle de la France, et celle purement québécoise qu’elle retrouve à chaque retour dans nos murs. Elle n’oubliera jamais bien sûr le clin d’œil que lui fit l’interprète – producteur Pierre Barouh pour son disque La Mémoire du vent sur lequel il y avait une de ses compositions, une de Georges Brassens et des adaptations de chansons de la star Chico Buarque qu’elle avait convaincue en perçant la barrière de protection du chanteur. Ont suivi l’album Sources et celui qui comporte une première version de J’ai vu d’Henri Salvador, Carmin sur lequel la chanteuse crève la pochette avec sa robe rouge passion.
Cette fois-ci, son Cœur vagabond s’est promené au milieu d’auteurs connus du grand vase brésilien qui ont marqué la chanson « brasileira » de textes très beaux: de véritables poèmes issus des meilleures plumes : Caetano Veloso l’incontournable, Coraçao vagabundo, le regretté génie de Vinicius de Moraes dans Apelo, le duo Buarque/Jobim et son Retrato em Branco e Preto, sans oublier Djavan et le jeune survolté Lenine. Par contre, pour illustrer ses branches poussées loin de son tronc, elle nous offre des auteurs français contemporains tels que Alain Souchon (Foule sentimentale/Tao sentimental), Henri Salvador dont les compositions lui collent à la peau (J’ai tant rêvé/Como eu Sonhei); la merveilleuse Bille de verre de Rivard et Le Forestier prend l’air du large lorsqu’elle se métamorphose en Estrela do Mar. Mais la surprise vient de cette version très personnelle de La Mauvaise Réputation que n’aurait pas dédaignée le Sétois moustachu. Elle conclut son pari de jonction culturelle par une chanson humoristique où le méli-mélo langagier dit l’importance du geste lorsque la parole n’a plus lieu d’être.
Sans se hisser au sommet de ce qu’elle a déjà accompli, Bïa démontre ici une habileté peu commune à jouer avec les mots de ces deux langues qui lui servent de passeport. C’est le jeu de l’amour de l’autre, la passion des choses à faire et des gens à embrasser avec son art. Chaque texte est recouvert d’une gangue de séduction que l’amateur peut explorer pour vagabonder dans les paysages offerts par une chanson amoureuse de son univers et des gens qui veulent bien partager avec elle. Belle réussite qui nous met L’Eau à la bouche/Agua na Boca en vue de sa prochaine sortie. On chuchote que Bïa se lancera sans fil avec seulement ses propres compositions. J’attends impatiement sur le seuil de ma porte… (Michel Dupuis)












