AVID SEQUEL : Par respect pour la musique

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Renaud-Bray, automne 70. J’entre et je suis tout de suite emporté par Moustaki chantant «Ma Solitude». Au fond à gauche de la librairie, une table tournante, un vinyle qui tourne et la magie émanant de réelles enceintes et non d’objets encastrées dans le plafond. Sur la table, la pochette du disque. Je suis séduit. C’est ma consécration en tant qu’amant de la musique reproduite sur disque. Ensuite, je retournais au magasin à chaque occasion qui se présentait, trois ou quatre fois par semaine. Je n’avais pas d’argent pour me payer un système de son mais je pouvais acheter régulièrement des disques et commencer une collection en sachant qu’un jour je pourrais les écouter chez moi.

À cette époque
À cette époque, bien sûr, dans la plupart des magasins de détail on entendait, tout comme aujourd’hui d’ailleurs, de la musique «en canne» du style Muzak. De la musique de tapisserie. Aujourd’hui ça n’a pas changé, sauf que lorsque j’entre chez Renaud-Bray, Archambault ou HMV, la musique est devenue là aussi tapisserie. Plus de magie. Plus rien. La musique banalisée, dépourvue de son âme. Et ce dont je m’aperçois de plus en plus c’est d’une prise de conscience collective pour un retour aux sources. Un «éveil» musical, la résurrection surprenante du vinyle. Pour s’en rendre compte, il fallait être présent au dernier Festival Son et Image qui s’est déroulé à Montréal au début du mois d’avril. La plupart des exposants d’appareils stéréo utilisaient des tables tournantes en tant que source. Et d’entendre des gens comme Philippe Fehmiu, animateur à la radio de Radio Canada, vanter la supériorité du vinyle, tout cela ne fait que confirmer une tendance divine pour la musique.

À notre époque
À notre époque où la majorité des jeunes n’a été exposée qu’à de la musique tapisserie, de la musique compressée, dénaturée, téléchargée, dépouillée de son âme, sans oublier de sa pochette, il est grand temps qu’elle retrouve sa place. J’en profite aussi pour mettre en lumière un autre phénomène qui a contribué à banaliser la musique et à la rendre souvent inécoutable: la guerre du «loudness» que se livrent de nombreuses compagnies de disque depuis environ vingt ans. Je vous invite à consulter les liens suivants:
www.turnmeup.com ainsi que www.tnt-audio.com/topics/ realstereo_e.html. Cette guerre fait en sorte que la plupart des enregistrements sont désormais dépourvus d’écart dynamique. Les artistes sont pris dans un engrenage qui favorise le nivellement au plus fort de chaque enregistrement. Autrement dit, les passages doux ou moins forts d’une pièce musicale sont amplifiés au même niveau que les passages les plus forts. Il en résulte un enregistrement sans nuances et dépourvu de réalisme. Il n’est pas surprenant qu’on se tanne rapidement d’écouter un CD. Pour mieux comprendre ce dont je parle, vous avez sûrement dû remarquer que lorsque vous écoutez un film à la télé, et lorsque arrive la plage des publicités, vous sentez tout à coup le besoin de baisser le volume. Imaginez alors 60 minutes de publicité mixées à tue-tête. C’est le même phénomène pour la plupart des enregistrements d’aujourd’hui.

(la suite dans le magazine)

13 juin 2008